mercredi 22 juillet 2020

Notes de lecture: Yasha MOUNK LE PEUPLE CONTRE LA DEMOCRATIE

Yasha MOUNK LE PEUPLE CONTRE LA DEMOCRATIE
 Notes de lecture sur l'introduction
 
 Introduction Le populisme d’extrême droite croît dans toutes les démocraties. Les leaders de ces mouvements prétendent tous que les solutions à apporter aux problèmes sont beaucoup plus simples que ce que les personnalités politiques bien établies voudraient nous faire croire. Selon eux, la grande masse des gens ordinaires savent d’instinct ce qu’il conviendrait de faire et si la pure voix du peuple prévalait, les raisons du mécontentement populaire disparaîtraient.
Si les problèmes politiques de notre temps sont si faciles à régler, il faut que quelqu’un soit à blâmer. Les populistes ne se privent pas de blâmer : Leur première cible se situe en général à l’extérieur des frontières. Trump impute les problèmes économiques des états unis à la Chine. Il attise les peurs de ses concitoyens en soutenant que l’Amérique serait envahie de violeurs (mexicains) et de terroristes (musulmans). Le Pen et Farage considèrent que ce doit être la faute des étrangers (pique-assiettes arabes et plombiers polonais). Comme Trump, ils reprochent aux élites politiques (les bureaucrates de Bruxelles et les médias à leurs ordres) leur échec à remplir les promesses qu’elles avaient formulées.

On considère que notre régime politique est la démocratie libérale. démocratie parce que le peuple (démos) décide, et libérale, parce que les institutions protègent les minorités (ethniques, religieuses,...) contre l’éventuelle tyrannie de la majorité.
Une démocratie n’est pas seulement un état dans lequel les citoyens sont appelés régulièrement aux urnes. Elle n’est réelle que si des institutions judiciaires (cour suprême aux états unis, conseil d’état et conseil constitutionnel en France) permettent des recours contre les éventuels abus de la majorité via ses lois, ou ses administrations.
 
LES CIRCONSTANCES ET LEUR EXPLOITATION PAR LES POPULISTES VIA DIVERSES ARMES
 
Yasha MOUNK étudie principalement le populisme américain, via l’exemple TRUMP. Mais il le rapproche également d’exemples européens.
Il dégage de grandes constantes:
 
Le simplisme, qui consiste à proposer au peuple des solutions simples aux grands problèmes complexes de ce monde. En effet, le monde est devenu extrêmement complexe aux plans économiques, écologiques, démographiques, migratoires, technologiques… L’effet papillon ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_papillon) est possible dans tous ces domaines et il est difficile d’apprécier dans un environnement complexe toutes les conséquences d’un acte isolé. ‘exemple :en voulant protéger son industrie automobile, la France taxe fortement les importations de Corée. Effet induit non souhaité : les Coréens envisageaient d’acheter un TGV, ils ne consultent pas la France et se tournent vers l’Allemagne ou la Chine. Notre industrie du TGV est en difficulté et perd des emplois peut-être en nombre supérieur à ceux sauvés dans l’industrie automobile en ralentissant l’importation de voitures coréennes.
Tant que la croissance économique était là, ces problèmes existaient peu, ou n’étaient pas perçus. On a longtemps cru que l’on pouvait se servir impunément à volonté sur la planète, même si depuis longtemps des écologistes de la première heure tiraient les sonnettes d’alarme. On a longtemps considéré que la croissance indéfinie était possible, et cette croissance permettait à chaque génération de vivre mieux que la précédente.
Mais depuis la fin des trente glorieuses (Trente_Glorieuses wikipedia), la croissance est devenue stagnation dans les pays riches, et n’a plus pallié les évolutions du monde. Les emplois industriels se sont déplacés vers des pays à coût de main d’œuvre inférieur, et le vieux monde (Europe, États Unis) s’est rabattu sur le tertiaire, plus adapté au niveau d’éducation de sa population.
L’effet positif du déplacement des emplois industriels vers ce qui était le tiers monde a été la forte diminution de la faim dans le monde.
 
 
 
L’effet négatif a été que la croissance s’étant déplacée du premier monde vers les pays dits émergents rendus libres par la décolonisation, un chômage endémique s’est installé en France, et plus ou moins partout dans le vieux monde (on dit aussi”premier monde”).
 
Ce chômage est générateur de pauvreté, malgré les palliatifs plus ou moins puissants mis en place.
Et la recherche d’équilibres budgétaires conduits les gouvernants à revoir progressivement à la baisse ces parachutes sociaux. Notons au passage qu’il en est de la pauvreté comme des températures : il y a la pauvreté réelle, et la pauvreté ressentie. La pauvreté ressentie est celle qui consiste à s’estimer pauvre alors qu’on dispose de plusieurs voitures et de multiples smartphones par foyer, qu’on part en vacances une ou plusieurs fois par an, éventuellement à l’autre bout du monde. Cette impression de pauvreté est la conséquence de comparaison avec plus riche que soi. Comme le disait Schopenhauer, « l’homme oscille entre la frustration de désirs inassouvis et l’ennui ressenti lorsque le désir est assouvi ».
Le chômage, et l’intuition qu’il est impossible à résorber malgré les promesses des gouvernements successifs sont générateurs d’angoisse : ceux qui ont un emploi craignent de le perdre un jour au gré d’un dépôt de bilan ou d’une restructuration, et ceux qui en cherchent n’ont pas le sentiment qu’il « suffit de traverser la rue » pour en trouver un, entre autres motifs à cause d’une inadaptation de l’offre à la demande.
Cette angoisse ne demande qu’à se transformer en ressentiment à l’égard des gouvernants, et des “riches”. (riches entre guillemets, parce que cette notion de “riche” est tout sauf objective. L’envie joue son rôle dans la perception de la richesse des autres...)
 
Et c’est là qu’interviennent les populistes :
Ils commencent en général leur travail de sape de la démocratie libérale par la déclaration suivante : « Vos élus et les élites en général ont confisqué la parole du peuple. Ils n’appliquent pas la volonté du peuple. Et moi, je vous rendrai la parole parce que je ne fais pas partie de cette clique. Je suis le peuple ». Peu importe finalement que celui qui affirme ça soit un milliardaire (je pense à Trump) : il met en avant sa réussite personnelle pour démontrer qu’il est un “WINNER” et que son intelligence remarquable doit être mise au service du pays. (les guillemets à intelligence remarquable sont sous entendus...).
Ensuite, ils désignent des responsables : des étrangers qui « viennent manger le pain des nationaux », des « politiciens corrompus au service de groupes ethniques étrangers ou de multinationales », « une Europe coûtant très cher aux citoyens sans leur rendre service », « une élite bureaucratique plus soucieuse de prolonger sa rente de situation que du bien être du peuple », etc.…
Et ils indiquent dans leurs programmes électoraux des solutions simples : fermer les frontières aux migrations et ou aux produits étrangers (le mur sur la frontière mexicaine pour Trump, le BREXIT pour Nigel FARAGE, cet animateur radio devenu homme politique, Bepe GRILLO en Italie, cet humoriste créé un blog et assoie petit à petit sa popularité sur une défense des consommateurs,…).
Alexis de Tocqueville a formulé ainsi ce danger du simplisme : « une idée fausse mais simple, ira toujours plus loin qu’une idée vraie mais complexe ».
Tous utilisent le mensonge comme arme, appliquant le principe attribué à Francis BACON : « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Trump avait accusé OBAMA d’avoir utilisé un certificat de naissance falsifié et de n’être donc pas américain, donc éligible, Bepe GRILLO a présenté sur son blog une prétendue lettre reçue de Benoit XVI, FARAGE a avoué après le référendum sur le BREXIT avoir menti aux électeurs sur le coût net réel de l’Europe pour la Grande Bretagne, l’entourage de François Fillon, a été supposé responsable du lancement de la rumeur de l’homosexualité d’Emmanuel MACRON, visant assez maladroitement à le discréditer (https://www.linternaute.com/actualite/politique/1343638-emmanuel-macron-homosexuel-le-lobby-gay-la-rumeur-decryptee/).
 
Le problème désormais, avec les réseaux sociaux qui servent de caisse de résonance, c’est qu’un mensonge sensationnel aussitôt lancé se propage à grande vitesse. Les populistes sont conscients de cela, et ils usent et abusent de ce média. Trump est capable de dire une chose à une conférence de presse après une entrevue avec un chef d’état, et de dire ensuite le contraire sur son compte Twitter. Il utilise Twitter pour propager ses idées, et une certaine télévision à ses ordres, mais quand des TWITT ou des médias le contredisent, il se plaint du complot ourdi contre lui par ses détracteurs.

J'invite les lecteurs du présent article à lire la suite dans le texte le livre de Yasha MOUNK car je ne suis pas doué dans l'art du résumé 😕
 

jeudi 30 janvier 2020

La TVA, outil fiscal et politique?

Je reviens à mon dada, la TVA comme outil de justice fiscale.
J’en ai assez d’entendre répéter à tout-va que la TVA est un impôt injuste, et je voudrais faire comprendre que les raisonnements simplificateurs, pour ne pas dire simplistes, ne conduisent pas bien loin.
Je m’appuie sur quelques chiffres trouvés dans un rapport de la cour des comptes pour tenter de démontrer que la TVA (qui fournit quand même près de la moitié des recettes fiscales françaises) offre tout un panel de modulations possibles, des taux, ou des bases.
C’est un impôt à la mécanique relativement obscure pour le non-initié, qui donne lieu à des pages et des pages de documentations fiscales et de jurisprudence, tellement elle est complexe désormais. Il faudrait sans doute un peu toiletter cette taxe, mais certainement pas la considérer comme l’ennemie de la justice sociale, puisque elle a réussi à devenir la première recette fiscale de l’état.


La TVA est souvent décriée en tant qu'impôt injuste. On lui reproche de faire payer le même montant d'impôt sur une baguette de pain à celui qui est "pauvre" qu'à celui qui "a les moyens."

C'est vrai.

Mais 20% sur les voitures neuves, ça fait qu'on paye 2000 € sur une voiture qui vaut 10 000 € HT, et 20 000 € sur une voiture neuve à 100 000 € HT. Le "riche" paye donc plus que le "pauvre". Pourquoi des guillemets à riche et à pauvre? Bah, parce que ce distinguo facile n'est pas le seul qu'on puisse faire: Il y a des gens qui ont les moyens de se payer une grosse voiture, et qui n'achètent que celle qui est utile , et des gens moins argentés, qui s'endettent au delà du raisonnable pour avoir la voiture qui les posera socialement. Mais c'est une autre histoire que la question de la TVA.

Par ailleurs, les taux sont modulables. De l'exonération pure et simple à la taxation à 20 %, on peut en France, beaucoup exprimer une politique fiscale. En outre rien n'empêche de monter le taux le plus élevé. D'autres pays d'Europe ont des taux plus importants applicables à certains produits. Jusqu'à 27% en Hongrie au 01/01/2019.

(Taux de tva en Europe).


Exemples pratiques:

EXEMPLE 1
Extrait du rapport Fouilleron (cour des comptes) sur la TVA:


page 122 :

Prévisions 2015 :

La tva à 20 % rapporte 129.3 milliards à l’état.

La TVA à 5.5 % rapporte 10.7 milliards.
Mes calculs :
Si je baisse de 3 % la TVA à taux réduit (produits alimentaires 
essentiellement), elle ne produit plus que 10.7/5.5 x 2.5= 4.86 
milliards, donc une baisse de recette de 10.7 -4.86= 5.84 milliards.
Si j’augmente de 2 % le taux de tva intermédiaire, en le passant à  22%, soit environ la moyenne européenne, ça rapporte 129.3/20x22= 142.23 milliards, soit une augmentation de recettes de 142.23-129.3=12.93 milliards.
Bilan des deux changements : 12.93-5.84= 7.09 milliards de plus.
Et on a fait baisser de 5.84 milliards la TVA sur les produits de base, qui représentent l’essentiel des dépenses des « pauvres » (ceux que F.Hollande appellerait les sans-dents, parait-il, selon une dame qu'il a fâchée...et qui avait un peu envie de le flinguer).
Ceci n’est qu’un calcul simpliste, destiné à illustrer comment la TVA peut être un impôt à la fois productif, juste socialement, et relativement indolore, puisque payé en même temps que l’acte de consommation,
EXEMPLE 2
Ainsi, si la France décidait de pratiquer de la TVA à 27% sur les véhicules de plus de 130 CV (par exemple), cela freinerait les ventes de véhicules polluants tout en augmentant les rentrées fiscales, car celui qui veut une FERRARI ne sera pas dissuadé par le changement de prix, mais payera plus cher son luxe.

Et la voiture de plus de 130 CV n'est qu'un exemple parmi d'autres biens dont la demande ne souffrirait pas trop si on appliquait des taux de TVA plus élevés. Les bateaux de plaisance, les motos "de sport", la bijouterie de luxe...

On m'opposera peut-être que cela favoriserait les ventes des pays voisins d'Europe. Libre circulation des marchandises oblige... Toutefois, en ce qui concerne les véhicules, "La TVA doit être payée dans le pays de résidence de l'acquéreur et non dans le pays d'achat." (TVA sur achats en Europe) 

EXEMPLE 3
Sur un manteau à 200 € HT, 240 € TTC, 2% de TVA en plus coute 40€ de plus au consommateur.
Après, on pourrait, à condition d’avoir les chiffres produits par produits, secteur par secteur, tranche de prix par tranche de prix, décider d’appliquer le taux réduit, intermédiaire ou majoré en fonction de critère sociaux : un manteau de la halle aux vêtements, TVA taux réduit, un manteau de chez Cardin ; TVA taux majoré. 

 Tous ces exemples ne sont que des idées en l'air, à peaufiner pour les rendre applicables dans le contexte légal français et européen. A ne pas décider à la légère, sans connaître les chiffres d’affaires par produit et donc ce que rapporte la TVA actuelle, ni l'effet concret sur le niveau de vie des consommateurs impactés.
 

En conséquence, je demande au lecteur de bien comprendre l'avantage de la TVA sur les impôts directs: elle frappe essentiellement la consommation des ménages, qu'il s'agisse de produits importés ou produits en France. Alors que les impôts directs (sur les sociétés par exemple) ne frappent que ceux qui sont dans le champ d'application territorial de ces impôts. Les entreprises françaises, pour simplifier...
             On voit tout de suite l'intérêt multiple :
1-procurer à l'état des ressources même sur des activités domiciliées à l'étranger
2-Ne pas "plomber" les finances des entreprises françaises.
3- Même si ça peut sembler subsidiaire à certains, voire anti social, en frappant la consommation, la TVA joue un rôle dans l'orientation des dépenses des consommateurs vers plus de sobriété.

Tout en semblant au premier abord un impôt injuste, elle est donc un impôt dont on aurait tort de négliger les vertus, redistributives finalement, et orientant vers une décroissance de la consommation.

Encore faut-il considérer que la décroissance (progressive) de la consommation est un objectif vertueux....et descendre la sacro-sainte croissance économique de son piédestal.